AIELLO Nicolas - 9 avril 2013 (L'Équipe)

Eau-forte sur papier japonais, 2018, H. 68 x l. 69 cm
Éditeur : URDLA
N° 3/10 exemplaires
Collection : Département
Numéro d'inventaire : D-2019-08

J'ai trop de succès, je suis déjà empruntée ! Bientôt de retour...

Né en 1977, Nicolas Aiello est un artiste diplômé de l’École supérieure d’art de Grenoble. Ses premiers travaux (Le Camion pizza, 2000 ; Le Miroir, 2002) se sont définis autour d’installations multimédias dans des espaces publics. Le Camion pizza était un dispositif vidéo mettant en lumière des films Super 8 de repas festifs de famille d’immigrés italiens à travers un petit téléviseur placé dans un camion de pizzas. Le film durait le temps de la cuisson d’une pizza. En parallèle, des images extraites du film étaient imprimées sur du papier alimentaire et glissées sous les pizzas afin que les gens puissent les conserver.

Depuis 2008, la pratique du dessin comme expérience subjective de transcription, liée à l’écriture, a pris une place centrale dans le travail de Nicolas Aiello. Elle lui permet d’investir l’espace urbain (Berlin, 2009-2010), l’espace imprimé et les récits latents des documents d’archives (Le Complot des pigeons, 2011-2016).

Nicolas Aiello tente de produire une œuvre qui questionne, qui interroge ou qui déconstruit l’image et son langage.

 

Cette eau-forte, Libération, fait partie d’une série de cinq œuvres intitulée « 9 avril 2013 », réalisée lors d’une résidence à l’URDLA à Villeurbanne.

Après s’être rendu au kiosque à journaux pour acheter un ensemble de quotidiens datés du même jour (Le Monde, Libération, Le Figaro, L’Humanité et L’Équipe), Nicolas Aiello a retranscrit – redessiné – des informations contenues dans chaque journal sur une plaque – informations, publicités, codes, etc. Chaque gravure reprend le format du quotidien correspondant.

Les mots raccrochés les uns aux autres de manière aléatoire, jusqu’à saturation de la page, deviennent presque illisibles, s’envolent, donnant place à une présence graphique, une trame. Cette matière de mots est recopiée à l’endroit, à l’envers (l’artiste joue ainsi sur le principe même de la technique de la gravure). Les messages délivrés ne sont plus compréhensibles. Les lettres se font signes abstraits et les phrases forment des modulations graphiques. Par la perte du sens, l’écriture retourne au dessin face à ces informations enfouies dans la matière de l’encre qui se met en mouvement.

Cette série fait écho à Land Fill I de Robert Morris, où l’artiste reporte des fragments d’un article qu’il a rédigé pour le journal Art in America, recouvert ensuite d’un passage d’une plaque en acier travaillée avec de l’encre de photocopieur.

Dans ce grouillement qui peut rappeler « la neige » sur un écran de télé, une substance d’image d’avant l’image, une logorrhée informelle graphique et visuelle apparaît.

NIAI-005