Julia Borderie & Éloïse Le Gallo - Soles. 135, Sole matrice – D

Lithographie et pigments sur papier, 2020, H. 62 x L. 47 cm
Tirage unique faisant partie d'un ensemble de 14 lithographies tirées
sur une même pierre, avec chacune un travail de couleurs,
de superposition d'impression ou d'ajout de pigments
Éditeur : Atelier des Lombards, Hauterives
Collection : GAC
Numéro d'inventaire : G-2020-02
Œuvre réalisée pour l’exposition «  -1° / 293 m »
qui a eu lieu du 11 juillet au 29 août 2020 au GAC

J'ai trop de succès, je suis déjà empruntée ! Bientôt de retour...

Nées en 1989, Julia Borderie & Éloïse Le Gallo forment un duo d’artistes depuis leur sortie de l’École nationale supérieure d’arts Paris-Cergy en 2015. Dès lors, elles mettent au cœur de leur démarche la rencontre, en ancrant le processus créatif dans une approche documentaire poétique. Les œuvres surgissent de l’interaction avec les personnes rencontrées, les lieux, les objets du quotidien, les légendes locales… Un maillage de récits, d’images et d’imaginaires se répond, s’oppose, se complète... La création devient alors une mémoire sensible de toutes ces rencontres, retranscrite grâce à divers médiums (sérigraphie, gaufrage, céramique, maçonnerie, taille, etc.).

Au cours de leur résidence à Moly-Sabata (Sablons) en vue de l’exposition présentée au GAC, Julia Borderie & Éloïse Le Gallo ont créé une œuvre performative intitulée Soles1, qui prend la forme d’un parcours de cuisson à céramique s’inspirant du principe d’étapes des randonnées en montagne. Soles est à la fois une série d’actions dans le paysage, un acte sculptural, une série d’objets et une aventure expérimentale tissant des liens entre différentes structures sur un territoire.

À la suite d’une rencontre avec les archéologues Christophe Caillaud et Stéphane Kielbasa du musée de Saint-Romain-en-Gal, un four-matrice en torchis non transportable a été construit à Moly-Sabata. Ce dernier a été inauguré pour cuire un four mobile de plus petite taille. Avec ce deuxième four, une cuisson sera réalisée un peu plus haut en altitude, au Silence du Monde, résidence d’artistes visuels et écrivains à Saint-Vincent-de-Durfort. L’opération s’est répétée à la Maison du parc à Jaujac, au cœur des Monts d’Ardèche, s’approchant de la crête des montagnes, créant des objets de plus en plus petits. Le parcours des artistes s’est terminé par une étape au plus près de la ligne du partage des eaux2, sur le site de la Ferme de Bourlatier située près du mont Gerbier-de-Jonc. Cette mise en abyme du principe du four et de la cuisson active les notions de dénivelé, d’altitude, de hausse et de baisse de température, d’ascension, en balancier avec le processus de chute et de ruissellement de l’eau qui dessine les vallées qui serpentent. Les dénivelés en Ardèche, souvent accentués par des infrastructures humaines, esquissent ce corps-territoire, lui-même défini dans le rapport des corps humains à la notion d’altitude. Le four apparaît comme un espace interstitiel permettant au sous-sol de communiquer avec le dehors.

Cette estampe, exécutée dans l’atelier des Lombards à Hauterives, reprend à l’échelle réelle une partie du motif de la sole du premier four en torchis réalisé dans le parc de Moly-Sabata. Entre sensation osseuse d’un squelette, trame, taupinière ou roche, cette sole est la matrice qui a servi à cuire les premiers d’une série de fours-gigognes devant être présentés au GAC. Par un travail sur les couleurs, Julia Borderie & Éloïse Le Gallo tentent de retrouver les teintes et dégradés observés alors qu’elles puisaient l’argile dans la carrière de la poterie des Chals (Roussillon), pour l’utiliser à la construction du four.

 

 

1. Partie d’un four sur laquelle on dépose les produits à traiter.

2. Ligne symbolique et géographique de partage des eaux Atlantique Méditerranée sillonne le parc des Monts d’Ardèche.

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