Benjamin HOCHART - Mel

Série « If I Can’t Dance… »
Lithographie, clichés plomb sur vélin de Rives,
linogravure, 2019, H. 60 × L. 44 cm
N° 11/20 exemplaires
Éditeur : Production URDLA, Villeurbanne / FNAGP, Paris
Collection : Ville d’Annonay
Numéro d'inventaire : M-2019-05

J'ai trop de succès, je suis déjà empruntée ! Bientôt de retour...

Né en 1982, Benjamin Hochart est un artiste français, diplômé des Beaux-Arts de Lyon, puis de Paris. Il expérimente de multiples supports et processus (dessin, sculpture, installation, vidéo, performance, édition…) sur le modèle d’un grand collage. Son travail par série vise à multiplier les tentatives et possibilités de lectures, tout en épuisant les systèmes, dans un geste à la fois poétique et politique. Il revendique les influences des arts populaires et folkloriques, de l’art brut, la bande dessinée et la science-fiction, des pratiques textiles diverses et des arts premiers.

 

Chaque estampe de la série « If I Can’t Dance… » est composée de plusieurs niveaux de motifs. D’abord, une planche encyclopédique illustre divers outils de la paysannerie – lampes à huile, bougeoirs, tisons et chenets de cheminée –, rehaussée par une silhouette reprise de Portrait of A Man de Hans Baldung Grien, peintre du xvie siècle. Au centre de la composition, le contour d’une paire de bras est emprunté à l’une des affiches françaises du film Les Mains d’Orlac (1960) d’Edmond T. Gréville avec Mel Ferrer. Ce film relate l’histoire de Stephen Orlac, pianiste célèbre, qui subit une opération chirurgicale des mains après avoir été victime d'un accident d'avion. Quelques mois plus tard, il se rend compte qu'il n'est plus en mesure de jouer comme auparavant et il finit par se convaincre que les mains d'un autre ont été greffées à la place des siennes. Désemparé, il s'enfuit alors qu'il séjourne sur la Côte d'Azur en compagnie de sa fiancée, Louise. Installé dans un hôtel marseillais, il devient la proie d'un couple, Li-Lang, chanteuse, et Néron, son amant.

Au centre de la composition, une larme noire fait référence à une case de la bande dessinée Clinique von Spatz d’Anna Haifisch.

Le titre de cette série, quant à lui, fait référence à la célèbre phrase attribuée à l’anarchiste féministe Emma Goldman (1869-1940) : « Si je ne peux pas danser à la révolution, je n’irai pas à la révolution. » Ces mots synthétisent sa pensée.

Née en 1869 dans l’Empire russe, Emma Goldman émigre aux États-Unis à seize ans et y devient anarchiste et féministe. Très tôt, elle est considérée comme la femme la plus dangereuse d’Amérique. Ses positions sur la violence anarchiste, sa défense de la contraception et de l’amour libre, sa condamnation de la guerre et du patriotisme en font l’ennemie des autorités.

Privée de sa citoyenneté américaine, elle est déportée en Union soviétique en 1919. L’espoir qu’elle mettait dans la révolution est bien vite déçu, dénonçant alors l’autoritarisme du régime bolchevique. Pendant les vingt dernières années de sa vie, elle erre, « femme sans pays », sans jamais renoncer à son engagement.

« Je veux la liberté, écrivait-elle, je veux que chacun ait le droit de s’exprimer et que chacun ait accès aux choses belles et radieuses. »

Cette œuvre graphique révèle divers engagements : patrimonial, artistique et politique.

BEHO-005